Résultat, les pollueurs empreints de bonne volonté sont pris en étau. D'un côté, certaines associations, comme celle du photographe Yann Arthus-Bertrand, GoodPlanet, ou ForestAvenir, recommandent aux entreprises la plantation d'hectares de terrains en friche. Et ForestAvenir d'avancer qu'un hectare reboisé peut empêcher l'émission de 180 tonnes de carbone.
De l'autre coté, les scientifiques, notamment les auteurs de l'étude "Climate effects of global land cover change" aux Etats-Unis, sont plus circonspects. "Dans les zones tempérées, replanter est susceptible, dans certaines circonstances, de larguer du Co2", explique Mme Rappart. En outre, "la reforestation dans les zones tropicales pose d'autres problèmes, comme le déplacement de population ou l'arbitrage avec d'autres activités comme l'agriculture", ajoute-t-elle. Prudentes, les ONG comme Greenpeace, les Amis de la Terre ou WWF, membres du réseau Climat Action France, privilégient d'autres actions pour réduire le CO2.
Enfin, la Commission européenne refuse, pour le moment, d'accorder des crédits carbone aux entreprises engagées dans la reforestation.
D'où le doute des entreprises qui, les premières, ont fait ce choix. Certaines d'entre elles ont ainsi décidé de transformer l'initiative de reforestation en "un programme de recherche". Ainsi, le groupe bancaire HSBC, qui a signé un partenariat de 8 millions de dollars (6 millions d'euros) avec le Smithsonian Tropical Research Institute (STRI). Le département "écologie des forêts tropicales" de l'organisme décrit sa démarche comme un programme "pour mieux comprendre l'impact du changement climatique sur les forêts".
En France, PSA Peugeot Citroën, engagé avec l'Office national des forêts dans le projet "Puits de carbone" au Brésil, fait de même.
Et pour les autres entreprises ? "Nous leur conseillons d'attendre", reconnaît Véronique Dham, de chez Gondwana, agence de conseil en biodiversité. Certaines sociétés du CAC 40 prêtes à s'engager hésitent. D'autres renoncent tout à fait. Dommage : "La France est déjà en retard dans les initiatives de réductions de CO2, ce débat ne va pas aider, mais cela vaut mieux que de se lancer tête baissée dans un projet sans en mesurer les conséquences", indique Mme Dham.
Claire Gatinois
Article paru dans l'édition du 26.05.07., Le Monde
